


Arthur Sarradin, correspondant de Libération au Proche-Orient, a reçu le 27 octobre le prix Albert-Londres du livre 2026, pour le Nom des ombres, sortir de l’enfer concentrationnaire syrien (le Seuil), une enquête auprès des victimes de la prison de Sednaya, symbole de la férocité du régime d’Assad en Syrie.
| Chères abonnées, chers abonnés, Alors que la tendance est à la disparition du reportage, raconter l’autre devient une bataille, l’empathie d’un regard de terrain une nécessité et un enjeu de liberté. La valeur de ces voix que nous rapportons est incomparable. Plus encore dans la crise de confiance, audible à bien des égards, qui grandit chaque année un peu plus envers les médias. Plus encore dans la crise démocratique que nous traversons, et dans un monde où s’étend l’ombre, et parfois l’emprise, d’un fascisme qu’il faut nommer… C’est la quête qui personnellement est la seule qui me permet de tenir face à la masse des tués, indicible parce que si grande : celle de retrouver ces noms qui s’égarent, un maximum de noms. Ceux de secouristes, confrères, ou simples habitants d’un immeuble de la corniche, dont l’existence biographique se perd en statistique… Alors, dans nos médias, lorsque ces vies n’ont plus qu’un bref instant pour être saisies… Dans la masse de toutes celles d’Ukraine, du Liban, du Congo, de Gaza, du Soudan ou d’ailleurs… L’information emporte avec elle une dette mémorielle immense. Une dette qui nous oblige. |
